La science ionique au service du spatial de demain: Ion-X

En misant sur une nouvelle génération de propulsion électrique, ION-X ambitionne de donner aux petits satellites davantage d’autonomie et d’agilité, tout en réduisant leur dépendance aux grandes puissances spatiales. Née d’un partenariat entre Technofounders et le CNRS, la startup explore une approche technologique longtemps restée dans l’ombre : la propulsion ionique électrohydrodynamique, où la précision compte autant que la puissance.

Mieux propulser sans tout réinventer

Dans l’univers des petits satellites, chaque gramme compte. Chaque watt aussi. C’est dans cet équilibre délicat qu’ION-X intervient.

« Notre moteur cherche le meilleur compromis entre poussée, consommation électrique et rendement global », explique Thomas Hiriart, CEO de la startup.

La technologie repose sur un principe électrohydrodynamique : des ions sont extraits d’un liquide conducteur, puis accélérés afin de produire une poussée continue avec une consommation d’énergie minimale. Ici, rien de chimique ni d’explosif : la propulsion repose sur un travail de précision, alimenté par l’énergie solaire produite par le satellite lui-même. Le moteur reste ainsi compact, performant et parfaitement adapté aux contraintes de l’orbite terrestre basse, où la densité de satellites ne cesse d’augmenter.

« Aujourd’hui, les petits satellites remplissent les mêmes fonctions que les grands. La différence, c’est qu’ils coûtent moins cher à produire et à lancer. »

Un propulseur liquide et moins de contraintes

ION-X a également fait un choix audacieux concernant son carburant : pas de xénon gazeux ni de réservoirs sous pression. À la place, l’entreprise utilise un liquide ionique non toxique et disponible localement.

« C’est un fluide que nous achetons en France auprès de fournisseurs industriels. Il est plus simple à stocker, plus sûr et moins coûteux que les alternatives conventionnelles », explique Thomas Hiriart.

Derrière ce choix technique se joue un autre enjeu : simplifier la logistique tout en répondant aux nouvelles attentes du secteur spatial en matière de sécurité, d’impact environnemental et de souveraineté industrielle. À mesure que les petits satellites se multiplient et deviennent indispensables à de nombreux usages (observation de la Terre, connectivité, géolocalisation) leur capacité à se déplacer en orbite devient stratégique.

Le spatial à l’échelle industrielle

Passé par le CNES, la NASA et ArianeGroup, Thomas Hiriart a également été consultant au BCG. Un parcours à la croisée de la science et de la stratégie qu’il met aujourd’hui au service de la structuration d’un projet industriel. Depuis son arrivée, ION-X a réalisé deux levées de fonds, dont une Série A en 2024, avec le soutien de la Commission européenne, Expansion, Innovacom et Technofounders.

Le premier moteur ION-X a été placé en orbite début 2025 à bord d’un satellite danois lancé par SpaceX. L’objectif : six mois de tests en conditions réelles afin de valider ses performances. En parallèle, une usine d’assemblage est prévue en région parisienne pour accompagner le passage à l’échelle. L’industrialisation est en marche, à la manière d’ION-X : efficacement, méthodiquement, sans bruit.

Un enjeu stratégique

Dans un contexte de tensions géopolitiques et de dépendances technologiques croissantes, la question de la mobilité spatiale prend une nouvelle dimension.

« Sans satellites, nous retournerions à l’âge de pierre »,rappelle Thomas Hiriart. Météo, navigation, surveillance maritime, agriculture, télécommunications : les infrastructures spatiales irriguent notre quotidien, souvent sans que nous en ayons conscience. ION-X ne prétend pas tout révolutionner. Mais en proposant une solution légère, modulaire et performante, la startup contribue à renforcer un écosystème spatial européen encore trop dépendant de standards étrangers.

Propulser autrement, c’est aussi une manière de reprendre le contrôle.

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